theatrelfs

Samedi 9 octobre 2010 à 9:49

UPRISING

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Dans le cadre du Festival Da:ns de Singapour qui se déroule du 8 au 17 octobre, Uprising est un spectacle de danse contemporaine, mis en scène et chorégraphié par le britannique d'origine israélienne, Hofesh Shechter. Une représentation de 26 minutes où sept danseurs masculins débordent d'énergie et d'une certaine grâce. S'inspirant de manifestations et de la guerre, le chorégraphe propose une danse dynamique à l'allure violente, qui laisse le spectateur sans voix.

En entrant dans la salle des spectacles de l'Esplanade, le vendredi 8 octobre 2010, on s'attendait déjà à un spectacle de percussions, chorégraphié par Hofesh Shechter. Peu d'informations dans les brochures ; on attend, assis à nos places. Soudain, la lumière s'éteint subitement, laissant le public dans le noir, encore perturbé par cette plongée inattendue dans l'obscurité. Puis, le lumière réapparaît brusquement, sur la scène cette fois, mais en direction du public, abandonnant le fond du plateau dans le noir. Une musique fracassante et répétitive survient en même temps que la lumière sur scène. Cela trouble, mais fascine le public, charmé de tant d'originalité. Et c'est alors que les sept danseurs émergent de l'obscurité du fond de la scène. Marche déterminée, il viennent en avant-scène et se tiennent immobiles, dans une position particulière. Quelle entrée !

Et la fascination ne quitte pas le spectateur. Le premier épisode présente deux danseurs. Un duo brutal, violent, caractéristique d'une lutte qui génère un côté animal et sauvage. La musique se répète toujours. De nouveaux instruments l'accompagnent, mais le rythme reste le même. Différents groupes émergent de l'obscurité profonde de la scène. Solos, duos, trios, quatuors simultanés se forment sur scène, avec des mouvements amples et souples, des déplacements travaillés, qui forment une belle harmonie. Plusieurs tableaux, et des épisodes de groupe où les sept danseurs s'assortissent. Magnifique ensemble !

Puis, le spectateur se retrouve face à différentes images, et les interprète, à sa manière. Car il n'y a pas d'interprétation pré-calculée. En effet, Hofesh Shechter "travaille à partir d'un ressentiment". Les images qui résultent de son imagination et des répétitions avec sa compagnie sont là pour une simple question d'esthétique. "C'est au spectateur d'interpréter". Que ce soit pour la musique, pour les lumières, pour les costumes, pour la danse en elle-même. L'important est que le spectateur se sente transporter par le danse qu'on lui présente, et c'est exactement ce que j'ai ressenti. Une vague d'originalité que j'ai interprété par le côté bestial mais fraternel de l'être humain. Et même la musique, assourdissante mais envoûvante, nous transmettait des images à interpréter, telles que l'urbanisation ou la pluie qui tombe sur scène. Enfin, un excellent travail au nivau de l'éclairage, qui s'accorde avec la fumée présente scène, qui créait un effet de flou sur les danseurs. Merveilleux travail !

Des mouvements amples et gracieux, une dynamique incomparable et une musique au caractère primitif composée par le chorégraphe lui-même, des jeux de lumière encore jamais vus, Hofesh Shechter signe là, sans doute, l'un des plus beaux spectacles du Festival.


IN YOUR ROOMS

A la suite du premier spectacle Uprising, Hofesh Shechter nous offre une seconde représentation, intitulée In your rooms. Totalement indépendante de la première, le chorégraphe nous présente 11 danseurs : 6 hommes et 5 femmes.

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Au moment de l'entracte de 20 minutes, on parle encore du merveilleux spectacle auquel nous venons d'assister. On échange nos opinions, on essaye de décrypter les images, et on met en relation ce que nous avons observé avec ce qu'on pourrait faire dans le cadre de notre option (une entrée rapide, qui en met plein les yeux, de la lumière au ras du sol..). Puis, nous pensons à ce qui nous attend en deuxième partie. On espère que la suite sera encore mieux. Dans les brochures distribuées, on nous parle de provocation politique et personnelle, d'une société aliénante, mais pourtant familière. Concept un peu complexe. On attend.

De retour dans la salle, on nous plonge, une fois de plus, dans le noir. Puis, surgit de nulle part, une voix masculine nous parle du cosmos, qu'il compare à la société humaine. Mélange de discours et de musique, composée elle-même de percussions, et d'instruments à corde qu'on aperçoit dans le fond de la scène. Plus que les yeux, l'ouïe est attiré. Puis, les 11 danseurs apparaissent. Musique et danse, élaborées par le chorégraphe, sont alors combinées, pour 40 minutes de pure plaisir.

Comme pour Uprising, plusieurs groupes se forment sur une même scène, laissant le regard du spectateur voyager entre les différents mouvements, et les différents déplacements. La musique répétitive et intense, installe un rythme où s'engage aussi bien le danseur que le spectateur, qui, au fil des pulsions musicales, se laisse transporter par la magie du spectacle. Des images, certes, s'insèrent dans la chorégraphie, qui font penser à des manifestations, lorsque les danseurs lèvent leurs poings, à des luttes entres des personnes, ou bien à une séparation de la société, caractérisée par la présence d'un danseur qui divise la scène en deux, par une ligne de sable blanc. Mais, comme je l'ai dit précédemment, Hofesh Shechter n'inscrit ces images que dans un but esthétique, pour laisser une grande imagination au spectateur.

Par ailleurs, les effets de lumière sont tout particulièrement intéressants. En effet, pendant une grande partie  de la représentation, les parterres de lumières étaient de forme géométrique : formes carrées ou rectangulaires. Cette idée de zone de lumière délimitée où s'installaient différents groupes de danseurs, rappelle le titre du spectacle "In your rooms". On peut alors en tirer diverses interprétations, mais je dirais que ces zones de lumière, qui n'apparaissent que pour de courts instants, dimilitent des pièces dans lesquelles il se passe quelque chose, à un moment donné, dans la société.

Enfin, pour revenir à l'aspect provocateur du système politique, évoqué dans les brochures, on aurait pu relever en exemple l'Allah à la fin de la représentation, qui, en fait, n'avait pas de but particulier, comme l'a dit Hofesh Shechter lors de la discussion avec le public, qui a suivi le spectacle. C'est juste une question d'esthétique, encore une fois. En revanche, ce qui est à relever, c'est le message écrit, diffusé au public sur une petite pancarte que tenait un danseur, où il y avait marqué "Don't follow leaders... Follow me !" (Ne suivez pas les leaders, suivez-moi !). En effet, on pourrait croire qu'il y a un but de provocation contre les partis politiques et les leaders, mais je suppose que ça rejoignait tout de même l'idée d'esthétique (ce spectacle n'avait pas pour but de faire de la propagande !)

En compensation avec Uprising, In your rooms est un superbe spectacle, plein de dynamisme et d'innovation artistique, qui submerge le spectateur d'originalité et de créativité. Hofesh Shechter s'inscrit alors comme étant une grand chorégraphe, qui promet de livrer des spectacles encore plus sensationnels dans les années à venir.

Fabiola.

Par julia p. le Lundi 11 octobre 2010 à 14:14
Tu écris que, pour "Uprising", le chorégraphe s'inspire de la guerre... Etant donné que le projet de l'option concerne ce sujet, j'aimerai savoir pourquoi tu as ressentis cette source d'inspiration de Hofesh Sechter: est-ce simplement par la violence des mouvements des danseurs? ou par l'expression de leurs visages? remarquait-on une opposition entre deux groupes?
Par fabiola le Mardi 12 octobre 2010 à 0:57
Julia, je te répondrais simplement que, par leurs mouvements et par la chorégraphie même (puisqu'au début du spectacle, deux hommes se mettent à sa battre, avec des mouvments amples et plutôt rapides), j'ai ressenti cet aspect de guerre, d'affrontement, de confrontation entre ces deux hommes. Ensuite, je t'avouerais franchement que je n'ai pas pu étudier l'expression de leurs visages, puisque j'étais assise beaucoup trop en hauteur. Enfin, j'ai bien écrit qu'Hofesh Shechter s'inspirait de la guerre, puisque j'ai lu sur un article, que c'était l'une de ses inspirations.
Par Olivier Massis le Mardi 12 octobre 2010 à 8:44
La guerre, ou en tout cas, les bagarres/batailles, sont des éléments récurrents dans la chorégraphie. Hofesh Seshter alterne les moments de retrouvailles avec les moments de lutte. Comme ce cercle que les 7 danseurs forment, autour d'un rond de lumière, au sol. Le premier tape sur l'épaule de son voisin, tape virile mais amicale. Le second au troisième. Ainsi de suite. Jusqu'à ce que l'un tape sur la joue de l'autre. Ca claque, mais c'est encore un geste amical. Et progressivement, le geste dégénère. On termine sur une nouvelle bataille. Alors, incapacité des hommes à être en paix ? ou comment une futilité nous conduit inévitablement au carnage... C'est toute la réflexion lancée par Hofesh Sechter. En beauté, qui plus est !!! (O. Massis).
Par theatrelfs le Mardi 12 octobre 2010 à 11:00
Si j'ai bien compris, la scene du cercle du rond de lumiere correspond a peu pres a une sorte de telephone arabe gestuel, non? Le geste initial est deforme au fur et a mesure qu'il est transmis... Cela me rapelle cette scene de "Littoral" lue en cours ou le docteur explique les causes des vengeances des peuples. En remontant dans le temps, elles deviennent de plus en plus insignifiantes. Cette danse, donc, pourrait etre une denonciation de l'absurdite de la guerre...
Par Olivier Massis le Mardi 12 octobre 2010 à 11:26
C'est bien cela. La référence au téléphone arabe ne me semble pas la plus appropriée, mais c'est effectivement la mauvaise interprétation d'un geste, fût-il amical, qui provoque la guerre. C'est aussi absurde que cette scène de Wajdi Mouawad, tu as raison.
Par clara le Mardi 12 octobre 2010 à 12:53
Une performance fantastique -et je vais éviter d'en faire l'éloge, cela prendrait des pages- on est "sous tension" du début jusqu'à la fin.
Cependant je ne suis pas certaine que Hofesh Sechter se soit "inspirer" réellement de la guerre. (je ne suis pas sure que l'article, les journaux possèdent LA vérité ; je suis critique). Bien sûr : les scènes de batailles, de réconciliations, d'amitiés qui dégénèrent... Oui. Mais je ne pense pas que Sechter se soit calqué sur un fait, une réalité. C'est plus l'aspect Primate, ce que l'homme ressent au plus profond de lui-même qui se manifeste par la danse.
Lors de la discussion donnée juste après le spectacle, le chorégraphe a insisté sur le fait qu'il n'y ait pas UN message : chacun l'interprète comme il l'entend. Et en fait, ce qu'il recherchait avant tout, c'est justement faire ressortir cette intériorité, si différente et si commune en chacun de nous. (ensuite recherche sur l'esthétique : l'éclairage, la musique...)
Ainsi, on peut effectivement croire à une série de guerres, de réconciliations...
Pourtant, je l'ai plutôt perçu comme la manifestation d'un rêve : avec des mésententes, des moments de joie, de doute, des moments fraternels, un sentiment de liberté de temps en temps... mais tout cela dans une sorte d'incohérence, un enchaînement rapide d'idées...
Les corps, à certains moments, n'arrivent plus à avancer, ou alors fondent complètement ! (Dali?)
Au final j'ai été plus emportée par mon délire (si on peut appeler ça délire) que focalisée véritablement sur cet aspect de guerre... même s'il est bien présent.
Par fabiola le Mardi 12 octobre 2010 à 13:46
Clara, ton commentaire est tout à fait pertinent. Dans mon article, j'ai bien insisté sur l'interprétation personnelle : chacun des spectateurs perçoit la danse proposée différemment. Ensuite, qu'on ressente cette chorégraphie comme un manifeste de guerre ou un rêve, les deux propositions, pour Shechter, sont valables. Enfin, je t'accorde le fait que les journaux peuvent parfois orienter leurs lecteurs sur des interpréations qui leur sont propres. Peut-être (et sûrement je pense) que le journaliste qui a écrit l'article que j'ai lu, a fait part de sa propre interprétation, laissant de côté l'imagination des autres spectateurs. Quoi qu'il en soit, je reste sur mon opinion, mais n'écarte pas les idées de fraternalité et d'amitié qui persistaient dans la chorégraphie.
Par Olivier Massis le Mercredi 13 octobre 2010 à 8:19
Quand Hofesh Shechter laisse aux spectateurs le soin d'interpréter, n'oublions pas que c'est orienté. Oui, il y a la guerre. Oui, il y a l'absurdité des hommes. Oui, il y a leur bestialité qui ressort au moindre problème. L'image finale, cet élan d'un danseur, porté par les autres, avec son drapeau (un fanion) à la main, n'est pas sans rappeler une image de victoire. Shechter termine sur un point positif, mais sur quelle victoire ? quelle parade ?
La musique est un des éléments fondamentaux de notre voyage chorégraphique. L'omniprésence de percussions finit par mettre au diapason tambours et coeurs. On vibre à leur rythme. C'est ce qui donne l'intensité à l'ensemble. On est happé par l'atmosphère. Le rêve peut se déclencher.
Et je ne suis pas loin de penser que ce sera le plus beau spectacle du festival Da:ns cette année !
Par Mélanie lacroix le Jeudi 25 novembre 2010 à 8:13
Je sais que ce spectacle date de plus d'un mois mais je tiens moi aussi à faire partager mon avis. Je vais cependant parler plus particulièrement de In Your Rooms car j'ai trouvé la chorégraphie plus intéressante et significative que Uprising.

En effet, je trouve que la voix off occupe une place très importante dans le spectacle par le fait d'évoquer, comme tu le dis Fabiola, le cosmos, la condition humaine, la société etc. Elle nous donne déjà plus de pistes qu’Uprising afin de comprendre plus facilement les mouvements de la chorégraphie. La voix évoque par exemple, si je me souviens bien, les relations entre les hommes qui souvent commencent attirance, affection et donc, bien être. En revanche, elles se finissent la plupart du temps avec rejet, haine et culpabilité. De ce fait, elle évoque tout cela comme s’il s’agissait d’une routine, d’un cercle vicieux auquel l’homme est toujours contraint.

De là, j'ai trouvé que ces propos étaient parfaitement représentés et retranscris par la chorégraphie et ses mouvements. On voyait par exemple, un danseur enlacer un autre et se faire rejeter juste après. Il y avait aussi cette mini-chorégraphie où une vingtaine de danseurs étaient à genoux à répéter sans cesse les mêmes mouvements, ce qui évoquait parfaitement cette idée de routine, source d’ennui chez l’homme.

La voix m'a aussi beaucoup aidée à comprendre la signification de tous ces mouvements par son évocation des hommes et de leur constant désaccord. En effet, comme tu l'as évoqué Fabiola, l'éclairage était très intéressant par ses formes géométriques sur le sol. J'ai trouvé qu'il était un support à la voix off du fait qu'il représentait l'opposition entre les hommes et donc, délimitait les différents clans. Personnellement, chaque fois qu'un "carré de lumière" apparaissait, j’avais l’impression que le groupe de danseurs qui y apparaissait, exprimait par ses gestes, sa colère, son désaccord ou encore, sa dangerosité.

Ainsi, même si Hofesh Shechter insiste sur le fait que tout cela n'est que dans "un but esthétique pour laisser une grande imagination au spectateur", ce spectacle m’a beaucoup marqué et m’a fait réalisé que la haine, le désaccord et le conflit seront toujours présents entre les hommes.
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